jeudi 12 mai 2022

Tool + Brass Against

Un soir où je patinais dans les nébulosités glaciales de l'internet - « oui bien sûr j'aurais pu surfer mais comme c'était l'hiver, l'eau avait gelé, puis ça m'arrange parce que je ne sais pas nager.... Certaines mauvaises langues diront que je ne sais pas patiner non plus, ce qui n'est pas tout à fait faux mais je préfère encore me casser le coccyx plutôt que de mourir asphyxié en absorbant des litres de liquides plus ou moins identifiés, identifiables ? honnêtes ? Surtout que l'internet ce n’est quand même pas toujours très propre... bref, je reprends ».
Un soir où je glandais sur l'internet, une information capitale vint me percuter ! Un de mes groupes favoris allait venir en France pour un concert unique ! Je notai alors sur mon agenda la date d'ouverture à la vente des billets avec mon sang. - « en fait je n'ai pas d'agenda, j'ai noté ça sur mon téléphone, du coup je me retrouve avec une tâche dégueulasse que je n’arrive pas à nettoyer... puis heureusement que je me souvenais de la date parce que ce n’est pas la tâche qui allait m'aider... et j'interdis à quiconque qui dit que c'est moi la tâche de lire la suite ! (même si je me demande si c'est vraiment une punition)».
Quelques semaines plus tard, à la date et l'heure prévues, je cliquais sur ma souris aussi fébrilement que frénétiquement afin de rafraîchir l'écran du site internet de la salle de concert devant m'accueillir (et accessoirement le groupe) jusqu'à trouver l'instant magique où au milieu de la foule de cliqueurs fous saturant le site, une bulle allait se créer où je pourrais enfin valider ma réservation.
Étant habitué à faire des miracles, je décidai de créer cette bulle et pris deux places pour que quelqu'un puisse s'occuper de mon confort, en portant mes bagages, en assurant ma sécurité, en m'aidant à m'hydrater et en s'occupant de la logistique routière.
Plusieurs mois plus tard, nous nous retrouvâmes donc dans un train nous menant vers la capitale, bière(s) à la main pour éviter de porter un masque durant tout le trajet (c'était la veille de l'abrogation de l'obligation du port du masque dans les transports en commun). Peu après midi, je sortis de mon sac à dos un frugal repas composé de deux parts de pizza, reste de la veille. Celle-ci m'ayant coûté 30 centimes de plus que d'habitude à cause du conflit Russo-ukrainien. En effet, le fournisseur de jambon de mon pizzaiolo lui facture 2 euros de plus par kilo. Je peux comprendre que les prix de certaines matières premières venues d'Europe de l'Est flambent comme le bois, le gaz ou les céréales, mais le jambon.... (surtout que des cochons, il y en a pas si loin que ça ; à en croire certains témoignages, on en aurait aperçu un gros récemment à la présidence d'Assu 2000). N'étant pas trop suspicieux, je vais considérer que le petit cochon qui a été l'heureux élu pour confectionner ce jambon était nourri aux céréales ukrainiennes, qu'il habitait une maison en bois parce qu'une maison en paille ça s'envole quand un loup souffle dessus et qu'il se faisait de bons petits plats à base de glands (pas de blagues graveleuses SVP) réchauffés grâce au gaz russe. Je comprends qu'il faille que je participe à son bien-être mais si je considère qu'il n'y avait pas de jambon dans ma pizza, je comprends que je me suis fait escroquer....
« Qu'en est-il des autres fins gourmets amateurs de plats napolitains ? » j'ai mené l'enquête !
Pour ce faire, je me suis fait aider d'une classe de CM1. Voici l'exercice que je leur ai demandé de résoudre :

Exercice de mathématiques niveau CM1 (30 minutes) :
Le petit Gontran va acheter une pizza dont un des ingrédients est du jambon, chez son pizzaiolo favori. Or, le fournisseur de ce dit jambon a augmenté son tarif de 2 euros par kilogramme. Le pizzaiolo a donc augmenté le prix de la pizza de 30 centimes d'euro.
I) Calculez l'augmentation que le pizzaiolo aurait dû pratiquer afin de conserver la même marge.
II) Le petit Gontran doit-il remercier le pizzaiolo de n'augmenter la pizza que de 30 centimes d'euros ? (nous considérerons ici que le petit Gontran n'est pas masochiste).
III) Le petit Gontran doit-il faire cramer le camion à pizza du pizzaiolo car celui-ci le prend pour un con ?
Afin de vous aider, une enquête a été réalisée afin de déterminer certains éléments qui vous permettront de résoudre cet épineux problème :
- Le kilogramme de jambon coûtait 10 euros avant l'augmentation (achat en gros dans un magasin spécialisé).
- En moyenne, le pizzaiolo se sert d'une tranche de jambon par pizza.
- Une tranche de jambon pèse 50 grammes.

Voici la réponse du meilleur élève de la classe, un certain Jean-Christophe. Bravo à lui pour son excellent travail !

I) Nombre de pizzas cuisinées avec 1KG de jambon :
1000/50 = 20 pizzas
Somme dépensée pour acheter du jambon avant l’augmentation par pizza
10/20 = 0,50 euros (soit cinquante centimes d'euros)
Somme dépensée pour acheter du jambon après l’augmentation par pizza
12/20 = 0,60 euros (soit soixante centimes d'euros)
Conclusion :
Pour garder la même marge, le pizzaiolo aurait dû augmenter sa marge de 0,60 – 0,50 = 0,10 euros soit 10 centimes d'euros.

II) Je ne pense pas que le petit Gontran doive remercier le pizzaiolo de « n'avoir augmenté le prix des pizzas que de 30 centimes d'euros » car l'augmentation aurait dû être 3 fois moins élevée. Si le petit Gontran avait aimé se faire attacher et suspendre par les testicules avec des crochets de boucher tout en se faisant fouetter avec des orties fraîches, nous aurions pu reconsidérer la question mais l’énoncé du problème nous laissait penser que ce n'était pas le cas (d'ailleurs je rappelle que je suis en CM1 et que j'ai 9 ans, je ne pense pas que de telles pratiques existent).

III) Il semble effectivement que le pizzaiolo profite de la conjoncture actuelle pour mettre plus de beurre dans ses épinards que de jambon sur les pizzas. Néanmoins vu le prix de l'essence, je pense qu'il n'est pas judicieux de mettre le feu à son camion, à moins de tenter de faire ça à l'aide d'une loupe qui réfléchirait les rayons du soleil en un seul point mais je pense que ce serait fastidieux. De plus, il risquerait provoquer un feu de forêt, ce qui pourrait faire augmenter le prix du bois et donc faire augmenter le prix de sa future pizza… Le petit Gontran devrait manger des fruits et des légumes au lieu de manger des pizzas (en tout cas, c'est ce que dit la maîtresse, même si j'ai l'impression que ce n'est pas ce qu'elle préfère avaler...).

Grâce à ce formidable travail du petit Jean-Christophe ainsi qu'à mon enquête, nous pouvons conclure que ce pizzaiolo vous escroque entre 20 et 30 centimes par pizza. Merci à lui !
Alors bien sûr, il y a plein de choses qui ont augmenté mais il ne faut pas me dire que c'est le jambon qui fait augmenter le prix de ma pizza, surtout quand il n'y en a pas dessus....
Mais laissons le cochon pour revenir à nos moutons, car je sais que vous voulez mon avis sur ce concert et vous savez que je n'ai pas l'habitude de tergiverser pendant vingt minutes avant de vous délivrer ma substantifique moelle. Même si au fond, nous pouvons nous demander si les préliminaires ne sont pas le sel capable de faire passer les plats les moins savoureux. Je pourrais, là aussi, demander aux CM1 de m'aider sur le sujet mais je pense qu'il serait plus intéressant et préférable de demander à leur maman.
Je commençais donc à manger ma pizza quand mon sherpa ayant refusé tous les en-cas proposés par sa femme, sûr de lui, me dit : - « je vais aller me prendre un truc au wagon restaurant ! ». Dix minutes plus tard, surpris de le voir déjà repus, je le vis revenir dans le couloir. - « Pas de bar, pas de wagon restaurant » répondit-il laconiquement à mon air interrogatif. Il est vrai qu'un coup d’œil au billet de train aurait pu suffire à le prévenir de l'absence de restauration. Il prit alors une bière de son sac et mangea égyptien (tout en canon). Non décontenancé, il se tourna vers moi et me dit, goguenard : - « je vais envoyer un message à ma femme pour lui dire qu'il n'y a rien à manger, je vais me faire engueuler ! Ah ! Ah !». Allez savoir pourquoi, je me suis demandé à ce moment-là, à quoi pouvaient servir les crochets de boucher que j'avais vus chez lui. 
Mes divagations furent soudain stoppées net par les 125 décibels de la sonnerie du téléphone d'une passagère à quelques sièges de nous. Après quelques : - « Allo ? Allo ? », elle raccrocha puis le téléphone sonna à nouveau. - « Allo ? Allo ? » puis raccrocha et ainsi de suite environ 127 fois. Mon sherpa regardant l'état du réseau sur son téléphone marmonna dans un rictus : - « zéro barre et zéro bar ». Content de lui, il m'a dit qu'il contacterait Richard Gotainer pour en faire un slogan pour la SNCF. N'ayant pour ma part aucun problème de réseau, j’en profitai pour demander sur messenger à mes camarades de classe, s'ils connaissaient de bonnes adresses pour se détendre aux alentours de notre hôtel. A la vue du nombre de réponses, je compris qu'ils ne pouvaient pas me blairer. Je fus alors pris par un long moment de nostalgie empreint de tristesse, où je me remémorai ces travaux en classe, ces applaudissements à chacune de mes interventions, ou encore la standing ovation au moment où je fus déclaré major de promotion... Ce moment me parut une éternité, j'eus même l'impression que le temps s'était suspendu, que le paysage s'était figé à la fenêtre du train, quand après quelques minutes, une voix retentit pour nous prévenir que le train était arrêté au milieu de la voie (et surtout au milieu de nulle part) et qu'il n'était pas très judicieux d'en sortir. D'habitude, mon sherpa serait allé pousser le train, mais là il n'avait pas mangé. Nous attendîmes donc patiemment que celui-ci reparte de lui-même. Ce qu'il fît au moment où la même voix que précédemment nous avertit d'un retard de 42 minutes. 
Notre périple se poursuivit en passant par la gare de Saint Pierre des Corps où mon sherpa s'esclaffa : - « Saint Pierre des Corps aux pieds ». Je fis semblant de ne pas l'entendre et de ne pas le connaître... De mon côté, en regardant par la fenêtre, je compris aisément pourquoi la ville voisine s'appelait Tours. Peu de temps avant l'entrée en gare, la voix prévint les personnes ayant une correspondance qu'il faudrait qu'elles courent pour ne pas la rater mais qu'il fallait tout de même faire attention à ne rien oublier dans le train, non pas par désagrément pour la personne étourdie mais pour ne pas pénaliser les autres voyageurs à cause d'une opération de déminage intempestive ; le train avait assez de retard comme ça ! Alors que certains descendirent du train, d'autres les croisèrent. Parmi eux, quatre jeunes drilles en partance pour Lille, chargés tels des dromadaires traversant le Sahara, bien décidés à ne pas se laisser endormir par le ronron du train. Mais contrairement aux camélidés, ne se sentant pas capables de tenir un mois sans boire, ils avaient pris leurs précautions et voyageaient avec des caisses de vin rouge « Domaine Leblanc ». Après avoir déchargé la plus grosse partie de leur cargaison à l'arrière du wagon, ils s'aperçurent que quelqu'un était assis à leur place. Le sosie officiel de Dominique Strauss Kahn se leva et trouva un autre siège non loin de là. Nos nouveaux GO, bien résolus à mettre l'ambiance, verres de vin à la main et rillettes sur le plateau central, ripaillèrent en répétant une composition musicale avec des « la la la la, la la la, pom, pom ». En fins connaisseurs, nous conclûmes qu'il s'agissait de musiciens de banda en vadrouille.
La fin du parcours ferroviaire approchant et étant moi-même prévoyant, je décidai d'aller aux toilettes pour évacuer certains liquides afin que le trajet de la gare à l'hôtel soit le plus confortable possible. Alors que j'observais toute la fine mécanique présente dans ces toilettes (SNCFment parlant, la mienne n'est pas si fine) et toujours en train d'évacuer ce qu'il fallait évacuer, une fan tenta de crocheter le verrou. Je me dis que de toute façon même si elle avait réussi son coup, il n'y avait pas assez de place pour deux personnes, à moins de dangereuses contorsions. Libéré de mes liquides, je sortis prêt à la rencontrer mais personne n'était derrière la porte ; la sécurité avait certainement géré la situation en toute discrétion. Je pouvais rejoindre mon siège sereinement, en passant devant nos joyeux lurons qui avaient donné un verre de vin à une dame, heureuse de partager ce moment et son adresse avec ces jeunes gens, sous l’œil méfiant (envieux ?) du sosie de DSK. La voix du contrôleur retentit une dernière fois, annonçant un retard de 52 minutes et le fait que la SNCF n'avait pas de solution pour les gens ayant une correspondance pour Lille. Heureusement que nos GO avaient été prévoyants, au moins ils ne mourraient pas de soif en attendant un hypothétique moyen d’arriver à destination.
Nous descendîmes de notre wagon, achetâmes le juste nombre de tickets de métro dont nous aurions besoin pour le séjour et cherchâmes un endroit pour nous reposer avant de reprendre la route vers l'hôtel. A peine étions nous sortis de la gare, que mon sherpa se fit alpaguer pour acheter un livre. Après une grande discussion philosophique sur les bienfaits de la lecture et sur l'organisation obscure qui s'occupait de cette initiative, mon sherpa donna 50 centimes à l'association et laissa le livre. Le quémandeur trouva que c'était peu mais mon sherpa lui fit remarquer que 50 centimes pour rien ce n'était pas une si mauvaise affaire. Après avoir avalé un chocolat chaud (une bière pour mon sherpa) dans un bar, nous prîmes le métro puis marchâmes en direction de l'hôtel, tout en cherchant du regard quels lieux attrayants pourraient nous accueillir avant et/ou après le concert. Nous avons arpenté quelques kilomètres mais ne vîmes rien de remarquable si ce n'est une dame qui déambulait si lentement qu'on aurait pu croire qu'elle faisait du sur place. Nous la doublâmes sans un regard puis quelques centaines de mètres plus loin, à une encablure de l’hôtel, nous la revîmes devant nous, toujours sur le même rythme, entrer dans un logement... Nous avions doublé le sosie comportemental de Droopy !
La porte de l'hôtel franchie, nous fûmes accueillis par un son étrange venant de l'ascenseur. Une chanson de JUL ? De Wejdene ? Nous allions vite le savoir... Quand la porte s'ouvrit, une femme de ménage, seule, apparut, parlant un dialecte inconnu. Levant la tête, elle s'adressa alors à la réceptionniste qui n'eut pas l'air de comprendre ce qu’elle lui disait, puis s'éloigna de nous lentement dans une brume bleutée. Qui était-elle ? Que voulait-elle ? Ai-je enquêté à ce sujet ? Non. Souhaitant finir cet article avant Noël (et surtout avant l'écriture d'un autre), nous conclurons par ce qui paraît être le plus logique, à savoir que nous avions certainement vu le fantôme d'une femme de ménage, coincée entre le monde des morts et le nôtre. La brume s'étant mystérieusement dissipée, je prenais les clés de notre chambre, curieux de voir à quoi ressemblerait notre pied-à-terre provisoire. Après 75 tours de clés, la porte s'ouvrit enfin sur une pièce sentant le tabac froid et sur un unique lit. Après avoir fait un bref tour du propriétaire, nous redescendîmes à la réception pour rendre ces clés et récupérer celles de la chambre que j'avais commandée quelques semaines plus tôt. Après d’âpres négociations pour obtenir notre dû, nous avons enfin pu nous installer dans notre chambre à deux lits ; je pourrais dormir sur mes deux oreilles sans craindre la potentielle affection nocturne excessive de mon sherpa. 
Nous fîmes une courte pause puis reprîmes une dernière fois la route vers la salle de concert. A peine avions nous fait quelques pas, que mon sherpa aperçut une petite épicerie locale ou sri-lankaise (je viens de perdre deux jours de ma précieuse vie pour être précis, ne me remerciez pas). Le trajet allait encore être assez long et il ne fallait pas se déshydrater... A l'intérieur, un homme remplissait de cannettes le sac en plastique d'un autre homme. Quand il eut fini, mon sherpa le questionna pour savoir s’il pouvait se servir à son tour. Les deux protagonistes le regardèrent un peu surpris par sa demande puisqu'il s'agissait en fait de deux clients. Ses trois paires d'yeux semblaient ne pas savoir comment communiquer les unes avec les autres. Le caissier intervint alors et fit un signe d’acquiescement. Après avoir fini nos emplettes et échangé quelques mots dans une nouvelle version d’Espéranto, nous reprîmes notre marche dans une brume bleutée et sous le regard médusé de nos nouveaux voisins. J’espère que vous aurez perçu dans ces lignes, la parabole humaine et philosophique transpirer (c'est vrai qu'il faisait tellement chaud que même la parabole transpirait).
Une bière dans une main et armé de son GPS dans l’autre, mon sherpa nous taillait la meilleure des routes à travers la jungle urbaine et hostile. Nous zigzaguions dans ses méandres au gré des travaux, des traversées de Seine et des pigeons morts. Un raccourci nous fit traverser un camp de sans-abris puis nous fit tomber nez à nez avec le périphérique parisien. Le seul passage qui semblait exploitable était un mince trottoir qui après de fines recherches se trouve être le plus étroit du monde. N’écoutant que notre courage, nous nous engageâmes dans un exercice de funambulisme sur cette liane de béton le long du périphérique sous les hourras et les bravos des automobilistes, des bus et des camions qui frôlaient nos épaules. A peine en avions nous terminé avec notre numéro d’équilibristes qu’un grand escalier s’imposait devant nous. Nous l’escaladâmes sans crampon ni piolet et nous retrouvâmes dans une allée surplombant le parc de Bercy. 
Là, sur un banc, trois individus, bières à la main et en tenues familières pour tout métalleux qui se respecte, nous regardaient arriver, avec dans les yeux cette impression de nous reconnaître comme faisant partie des leurs (même si nous n’avions plus de bières depuis bien longtemps). Nous continuâmes notre chemin le long du parc, sentant que nous nous rapprochions toujours un peu plus de notre but. Nous passâmes devant un skate-park désert mais quelques mètres plus loin nous vîmes des sportifs s’affairer. En effet, devant un maigre public, deux hommes jouaient au ballon sur un mini terrain de football en grande partie grillagé. Chacun d’eux, sans sortir de leur propre but, tentait à tour de rôle de marquer dans le but adverse. Le premier ressemblait vaguement à Bob Marley dans sa version footballeur mais c’est le second qui m’interloqua. En effet, malgré la chaleur, celui-ci portait un pantalon de ville, une chemise, un pull, une veste, des mocassins et une écharpe. De plus, à chaque fois qu’il devait arrêter le ballon, il se dandinait de droite à gauche, fléchi sur ses genoux, sans bouger ses pieds, les deux bras et les deux mains mi-tendus en direction de son adversaire. La seule et dernière fois que j’avais vu cette position était lors d’un reportage d’archive télévisuelle dont le sujet était la relation entretenue par les enfants d’une école primaire avec le sport dans les années 80. Nous restâmes quelques instants devant ce spectacle, émus de voir ces individus si différents, bien que n’ayant pas le même maillot, partager la même passion.
Les yeux légèrement humides, nous reprîmes notre traversée du parc de Bercy, croisant quelques autochtones flâneurs et/ou se restaurant ainsi qu’une collègue alpiniste qui tentait des sauts avec son chien sur la descente amenant l’eau vers le bassin en contrebas. Bientôt, nous avions la salle de concert en visuel. Alors que nous nous rapprochions de l’immense dôme de verre et de verdure, un dernier spectacle inattendu s’offrit à nous ; deux lutins comme sortis de nulle part bondissaient devant nos yeux écarquillés. Nous fîmes alors une dernière halte pour admirer ces deux jeunes yamakasis qui sautaient de pierre en pierre sur le Canyoneaustrate ; sculpture en béton crée par Gérard Singer représentant un plan d’eau et un canyon de multiples strates profond de cinq mètres, comme chacun le sait, bien évidemment. Le plus hardi des deux tentait des bonds assez impressionnants, parfois en aveugle, et sur l’un d’eux, eut à peine le temps de poser une main sur une pierre pour détourner sa trajectoire de la chute. N’étant pas venus pour assister à un suicide, nous les laissâmes à leurs pirouettes et nous dirigeâmes enfin vers la salle de concert. 
Là, un ballet humain désorganisé était déjà en cours de réalisation. Certains allaient à gauche puis revenaient à droite, certains montaient quelques marches puis les redescendaient ; tout le monde cherchait une entrée accessible. Nous décidâmes de contourner le bâtiment par la droite jusqu’à voir une file d’attente. Ne sachant pas où était située notre entrée, nous longeâmes celle-ci quelques dizaines de mètres, jusqu’à trouver quelqu’un capable de comprendre cette organisation. Un homme nous confirma qu’il n’y avait en fait qu’une seule entrée valable ce jour-là. Regardant la file d’attente bon enfant, avec certaines personnes qui discutaient sans avancer tandis que d’autres hâtaient leurs pas, nous nous aperçûmes que certaines personnes passaient sous le cordon délimitant celle-ci sans que quiconque s’en offusque. Y voyant un signe d’approbation, nous fîmes de même et nous économisâmes une grosse demi-heure d’attente. Étant arrivés en avance, la fouille réglementaire et l’entrée dans le hall de la salle furent rapides (contrairement à ceux arrivés juste à l’heure qui rateront la 1ere partie et une partie du concert). Nous y étions enfin ! Sur la gauche du hall, une scène nous intrigua ; des gens entraient et sortaient d’une salle en étant encore fouillés. Nous nous approchâmes et vîmes qu’il s’agissait d’un lieu de restauration disposant de tireuses à bière. Un rapide coup d’œil nous permis de voir que le lieu n’était pas encore investi par les hordes métalleuses. Ne sachant pas quand une pareille occasion de se rafraîchir le gosier avec un confort correct se reproduirait, nous nous décidâmes à entrer.
Il était encore tôt pour manger, puis nous avions déjà décidé de ne manger qu’après le concert. Le projet était ici de choisir sa bière, de la payer au comptoir puis de se déplacer vers la tireuse concernée où des préposés au tirage attendaient le chaland pour réaliser leur office. Mon sherpa fût le premier servi, puis quand vint mon tour, le fût était vide. La demoiselle qui devait me servir ne sachant pas quoi faire, nous attendîmes quelques minutes que quelqu’un descende au sous-sol pour nous dépanner. Pendant ce temps, certaines personnes s’étaient aperçues de notre bonne idée et bientôt il n’y eut pas assez de bras pour s’occuper des tireuses. Je me servis donc seul puis retrouvai mon camarade à 1,5 mètre de là puisque nous avions choisi de nous installer au plus près de la source houblonnée. Alors que nous sirotions notre nectar, un couple nous demanda s’il pouvait s’asseoir à côté de nous. Nous acceptâmes volontiers. Il avait choisi de prendre un repas type « hotdog frites ». Ces amis à usage unique qu’aurait adorés Tyler Durden venaient du Doubs. Lui distillait de la bière et elle était artiste peintre, mais ils nous apprirent surtout que la bière était à volonté à la condition de prendre un plateau repas. Nous décidâmes alors de rentabiliser le plateau repas que nous n’avions pas pris et allâmes nous resservir. Alors que je discutais avec mes amis, mon sherpa me prévint qu’il allait fumer. Quelques minutes plus tard, à l’heure où la première partie devait commencer le show, je fus surpris de ne pas avoir de ses nouvelles ; il était en fait déjà installé étant passé sans me voir. Alors que chacun trouvait facilement la porte d’accès à la salle dont la lettre était inscrite sur son billet, la difficulté consistait en fait à trouver sa place. En effet, les numéros des rangs se trouvant sur le bas des marches en écriture de type Arial taille 0,2, la moitié de la salle déambulait le dos voûté, la lumière du téléphone allumée pour tenter de décrypter les chiffres sur les marches. Cette chorégraphie fort réussie se répéta d’ailleurs à l’entracte et en réalité pendant toute la durée du concert. Enfin en place, nous pouvions apprécier le spectacle.

Pour être honnête, quand j’entrai dans la salle, Brass Against était déjà en train de jouer. Sur la scène, Sophia Urista s’époumonait toute de noir vêtue, du blouson aux cuissardes et passant par sa jupe courte et sa queue de pie, devant les quelques spectateurs qui avaient réussi à passer les contrôles de sécurité mais surtout l’exploit de trouver leur place. Elle était accompagnée d’un batteur, d’un guitariste, d’un bassiste et bien évidemment d’une demi-douzaine de cuivres, tous en blanc. Comme lors de mon précédent concert dans cette salle, le son était absolument immonde, épais, baveux telle la grosse langue du grand léchant mou. Heureusement que nous connaissions déjà la plupart des morceaux joués puisque le groupe reprend des titres de Rage Against The Machine, Tool, Audioslave, Led Zeppelin ou Deftones. Afin de protester contre un son si mauvais, la chanteuse aurait pu déféquer sur la scène mais ça n’aurait surpris personne puisqu’elle avait déjà uriné sur un spectateur quelques semaines plus tôt sans motif de protestation et pour le plus grand plaisir de celui-ci (il m’arrive d’écrire « pourquoi pas ?» mais ici un « pourquoi ? » suffirait…). Étant assis au balcon, au moins nous ne risquions rien. Le set de trois quart d’heure était puissant et plaisant. Le show était rodé et les titres suffisamment bien choisis pour être repris efficacement à la mode « fanfare ». Visuellement, néanmoins, je sentais bien que le groupe était clairement considéré comme une première partie puisque à part son nom derrière lui, seuls quelques spots de couleurs venaient agrémenter le show.


Quand le groupe quitta la scène, j’en profitai pour aller aux toilettes, comme environ 80% des spectateurs. De grandes files d’attente se créèrent alors, certaines pour l’évacuation des fluides mais d’autres, juste à côté, pour au contraire en combler les manques par des liquides houblonnés et encore d’autres pour acheter des souvenirs. Ce 3eme type de file, était beaucoup plus court. En effet, certains appelaient leur banquier en pleurant, tandis que ceux qui avaient déjà obtenu un prêt pour pouvoir acheter leur place de concert  s’en extirpaient d’eux même quand ils voyaient les tarifs affichés. De mon côté, je me faisais de nouveaux amis en attendant de pouvoir me soulager. Tous me confirmèrent que le son était mauvais. Cela me rassura quant à l’état de mes tympans mais m’inquiéta quant au concert qui allait commencer. Quand j’eus terminé tout ce que j’avais à faire dans la première file d’attente, je pris le même chemin que mes nouveaux amis dans la deuxième. N’ayant avancé que d’un millimètre et demi à l’heure à laquelle le concert devait commencer, je quittai mes camarades pour tenter de retrouver mon sherpa.

Comme pour la première partie, je commençai une partie de cache-cache avec ma place comme la plupart des spectateurs. Ces va-et-vient intempestifs ne semblaient pas déranger Tool qui était déjà occupé à combler son public. Le batteur, Danny Carey, se trouvait au milieu de la scène. Devant lui à droite et à gauche se tenaient Justin Chancellor (basse) et Adam Jones (guitare). Le chanteur Maynard James Keenan quant à lui, trimbalait sa crête écarlate en arrière-plan, arpentant l’arrière de la scène tel un lion en cage, tantôt à droite, tantôt à gauche et plus souvent dans l’ombre que sous les projecteurs. Le groupe était dissimulé derrière un gigantesque rideau transparent (jouant aussi bien à cache-cache qu’un enfant de 3 ans) et devant des projections de vidéos psychédéliques tirées des visuels habituels du groupe.
Nos tympans s’étant habitués à la bouillie auditive de la salle, nous pûmes apprécier la qualité indéniable des musiciens. Ce concert était l’exact contraire de celui de Metallica au Stade de France, où malgré un son tout à fait correct, seul le bassiste Robert Trujillo avait trouvé grâce à mes yeux (inutile de chercher cet article sur mon blog puisque j’avais décidé de ne pas écrire à ce sujet en signe de protestation). Vers la moitié du spectacle, le rideau s’ouvrit sous l’ovation du public. – « Les gars ! Le rideau est transparent ! Vous avez des problèmes de vue ? » me refusais-je de m’exclamer. La performance musicale des quatre membres du groupe était excellente, mystique et pêchue. Tool effectua un concert très millimétré, trop peut-être… En effet, le fait qu’il n’y ait que des places assises et le fait d’être interdit de prendre des photos sous peine d’être évacué de la salle manu militari par les vigiles, donnaient parfois l’impression d’assister au baptême d’un petit cousin éloigné. Le rappel par exemple fut annoncé par un compte à rebours de dix minutes… ne nécessitant donc pas d’acclamation du public pour voir revenir officier les maîtres de cérémonie de la soirée. Celui-ci attendit donc patiemment et gentiment leur retour. A l’instar de Metallica, Tool n’est pas un groupe porté sur la philanthropie ; preuve en est le prix des billets et des divers objets en vente, sans parler de la somme prohibitive qu’ont dû débourser les heureux propriétaires du dernier album. Alors que les crises sanitaires, économiques et autres se succèdent et que les gens ont, à mon sens, besoin de liberté et d’exutoires en tout genre, je trouve assez malvenue l’attitude « racketteuse » et castratrice du groupe qui jure de surcroît avec l’ambiance, la thématique et le style progressif de sa musique. La seule entorse à ce comportement despotique apparût lors de la dernière chanson du rappel. Le groupe, s’étant rapproché du devant de la scène, s’était assis pour une version acoustique. Mon sherpa commença à frétiller, croyant qu’un feu de bois aller être allumé et que le groupe aller faire une reprise de Maxime Le Forestier. Il n’en fût évidemment rien mais l’événement fût que le groupe, dans sa grande bonté, accepta qu’on les prenne en photo ! (mais sans flash ! faut pas déconner…).
La setlist du concert se consacra à 86% des morceaux du dernier album dans sa version physique (ou 70% de la version numérique, ben oui, jeune artiste, si tu veux gagner plus de pognon, fais des versions différentes, y aura toujours des cons pour les acheter…). La moitié du concert étant donc, si mes calculs sont bons (et ils le sont bien évidemment), promise à cet album. Les titres étant assez longs, il n’en restait que sept pour finir la setlist. Le groupe ayant sorti récemment une version remastérisée de son premier titre, il fallait, là aussi, en faire la promotion, limitant encore la place pour les autres morceaux… - « Tool a -t-il joué mes titres préférés ? » te demandes tu fébrilement ? Presque, puisque la plupart des morceaux sont excellents, néanmoins MON morceau était absent !! En effet, pas de forty-six & 2 ! Ni d'ailleurs de sober ou de schism…. A la place, nous avons eu droit à un solo de batterie filmé en vue de dessus décuplée à la manière d’un kaléidoscope.
A la lecture de ces quelques lignes, tu pourrais penser que je suis déçu mais il n’en est rien. La performance musicale était excellente et c’était ce que j’étais venu écouter, même si une dernière fois pour la route, le son de cette salle est définitivement médiocre.


Le temps était venu de quitter mes nouveaux amis et de m’en faire d’autres. J’abandonnais mon voisin, assis sur son siège les bras croisés, ressemblant à une espèce de bouddha occidental, dont le stoïcisme me laisse penser qu’il est peut-être encore sur place presque trois mois plus tard. De notre côté, nous reprîmes notre route pour aller nous sustenter.
Nous avions déjà repéré la brasserie qui devait nous accueillir et dans laquelle nous pourrions déguster un délicieux burger accompagné de ses succulentes frites maison. GPS en main, nous marchions vers la taverne promise, quand nous nous rendîmes compte que quelques groupes devant nous anticipaient nos changements de direction. C’était limpide comme de l’eau de roche, ils allaient au même endroit que nous. Qu’importe ! Nous accélérâmes le pas, nous étions prêts à jouer des coudes pour avoir la meilleure place qui nous revenait d’ailleurs de droit. Nous trouvâmes le raccourci que David Vincent ne trouva pas et entrâmes les premiers dans le seul endroit capable de nous donner à manger dans Bercy Village. La bave aux lèvres et les crocs affûtés nous demandâmes naïvement s’il servait toujours tout en commençant à sélectionner la meilleure table pour s’installer. Le couperet tomba : - « les cuisines sont nettoyées, nous ne servons plus à manger mais nous pouvons vous servir à boire ». Déception et damnation ! la faim se faisait sentir ! Nous sortîmes de cette gargote et écumâmes tout Bercy Village à la recherche de la moindre croûte de pain. En vain.
Note à Tool : penser à ouvrir un restaurant ouvert après minuit à Bercy Village afin de se faire de nouvelles couilles en or…
Il fallait se faire une raison, nous ne mangerions pas tout de suite… Nous repartîmes vers l’hôtel. Paris allait certainement mettre quelques-uns de ses meilleurs restaurants sur notre route. Mon sherpa reprit son GPS et nous marchâmes encore et encore. Nous traversâmes la Seine plusieurs fois, nous passâmes sur des voies indéterminées, nous vîmes un homme arrêter sa voiture sur le bord du fleuve et y jeter des sacs en plastique. Qu’importe s’ils contenaient Mimie Mathy, Passe-Partout, Passe-Murailles ou Passe-Moi-Le-Sel, des lingots d’or, la dignité et la pudeur des candidats des émissions de téléréalité, la recette secrète originelle de l’omelette de la mère Poulard, les plans de l’étoile noire ou l’identité de l’assassin de Kennedy. Il fallait que l’on mange ! Nous laissâmes donc ce louche individu à ses obscures affaires et reprîmes notre marche effrénée. 
Nous escaladâmes des panneaux de chantier pour nous frayer un chemin à travers des couloirs de travaux le long de la route pour le retour du spectacle de funambules. Mais aucun bouiboui n’apparaissait. Bientôt, nous étions seuls, plus de voiture, plus de bruit, rien, le néant, une ville sans néon, déserte et nous. L’hôtel se rapprochait de plus en plus (à moins que ce ne soit le contraire). Nos sens commençaient à se brouiller. Ivry serait elle capable de nous donner ce que Paris nous avait refusé ? L’hôtel était à 200 mètres tout droit tout au plus. Mon sherpa s’était fait une raison et je sentais bien qu’il fomentait le plan de braquer l’armoire de boites de conserves de l’hôtel pour se jeter sur le premier cassoulet de cheval venu. Sur la gauche, une lumière blafarde m’interpella. Sur le GPS, les deux trajets étaient aussi longs. Tels deux cadavres, nous nous dirigeâmes donc vers la lumière qui je l’espérais nous mènerait dans un dernier espoir, vers le paradis de la pitance. Quelques mètres plus loin, de la vie ! quelques âmes perdues ou tourmentées nous regardaient arriver (certainement dans une brume bleutée). Un marchand de Kebabs, puis un marchand de Burgers, puis de bœufs bourguignons, de crêpes corses, de sushis auvergnats, je ne sais plus, mes sens altérés par la faim avaient commencé à me faire délirer. Des restaurants étaient enfin prêts à nous accueillir. Les Burgers de Bercy s’étaient refusés à nous ! Qu’importe ! Ceux d’Ivry nous attendaient aguicheurs, le pain moelleux, le fromage dégoulinant, le steak chaud et juteux. 
Nous nous approchâmes du comptoir où une hôtesse nous accueillit. Étant les seuls clients, notre commande fût prise assez vite. Nous optâmes chacun un menu à deux burgers avec frites et boisson. Nous choisîmes la meilleure banquette d’où nous pouvions surveiller l’excellence de la réalisation de notre repas. Avant même la première bouchée, nous savions que la providence avait mis sur notre chemin le meilleur restaurant de la région parisienne. En effet, malgré la nuit avancée, quelques livreurs venaient chercher des commandes, un vigile surveillait la salle pour intervenir en cas de tentative d’enlèvement du chef et un panneau annonçait fièrement aux novices « Point B, les meilleurs burgers !». Nous y étions ! Nous allions manger les meilleurs burgers ! Qui eut cru que l’apothéose de cette soirée serait la restauration ? Quel délice, tout était excellent ! Je confirme que c’est les meilleurs burgers que j’ai mangés cette nuit-là. Heureux et repus, nous fîmes les quelques pas qui nous menèrent à l’hôtel. À côté de l’ascenseur trônait une armoire vitrée remplie de victuailles en tout genre avec des prix dignes des plus beaux objets collectors de Tool. Mon sherpa demanda s’il pouvait acheter quelque chose à manger mais le réceptionniste lui répondit que ce n’était pas possible la nuit. Nous rentrâmes nous coucher en nous demandant quel pouvait être l’intérêt d’acheter plus cher des articles aux horaires où ils sont accessibles ailleurs.
Le lendemain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, nous avons plié bagages de l’hôtel pour nous installer sur la terrasse d’en face afin que mon sherpa prenne un frugal petit déjeuner. Son café avalé, nous nous sommes dirigés vers la station de métro, passant par le marché, croisant nos voisins, nos amis, nos familles. Arrivés à la station, j’achetai un nouveau ticket de métro puisqu’il ne sert à rien d’avoir le bon nombre de tickets quand on les perd. L’émotion était palpable dans la rame au moment de quitter les Ivryens. Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes à la station de la gare Montparnasse où éblouis par sa beauté, nous décidâmes d’en faire quatre fois le tour avant d’en sortir. Il allait être 10h30 et nous nous mîmes en quête de trouver un restaurant proche de la gare. La plupart d’entre eux ne servant qu’à partir de 11h, le choix fût beaucoup plus simple. Nous nous installâmes sur une terrasse face à la tour Montparnasse et nous commandâmes nos plats et nos bières. Je regrettais mes burgers de la veille en mangeant un pavé de saumon trop cuit. Notre repas englouti, nous allâmes vers la gare en essayant d’éviter les marchands de livres. Un touriste se fit aborder par une espèce d’évangéliste et lui fit comprendre avec un peu moins de patience que nous qu’il n’était pas intéressé par une place au paradis. Mon sherpa pris un litre de café bouillant pour attendre le train. Après avoir erré dans la gare, nous trouvâmes enfin des banquettes avec des coussins en bois pour patienter. Nous pûmes observer la faune en transit : tantôt des familles, tantôt des enterrements de vie de jeune fille, quelques oiseaux perdus, et même malgré le manque d’eau quelques raies. Au bout de quelques minutes, nous nous rendîmes à notre train dans lequel ma distraction, ainsi que celle de tout le wagon, fut l’observation d’un jeune couple catholique accompagné de ses trois enfants en bas âges. Le train nous ramena sans retard en gare d’Angoulême où je pus récupérer ma voiture que j’avais garée devant une résidence universitaire. Je ramenais mon sherpa chez lui. Puis enfin chez moi, je me dis que puisque je n’avais pas grand chose à raconter, j’écrirais un article court que je posterais dans les heures qui suivraient.

Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées :













samedi 9 octobre 2021

Mathieu Boogaerts + Luis Francesco Arena + Ali Veejay

 3 ans ! 3 ans depuis ma dernière critique de concert. Certains m'ont même crû mort. Alors, c'est vrai, il s'en est fallu de peu. La semaine dernière encore, je me suis rendu compte que j'avais les symptômes d'un AVC. Afin de vérifier que je n'étais pas déjà décédé, je suis même allé m'enquérir sur internet de ce qu'il en était. Bien m'en a pris puisque j'ai pu apprendre que j'avais du diabète, que mon cerveau était touché (c'est pas vraiment une surprise) entraînant une défaillance de mon système nerveux, que je souffrais d'hyperthyroïdie, que mon canal carpien était endommagé, et que j'étais une femme de plus de cinquante ans. Le dernier point ayant fait trop mal à ma virilité (et étant deux fois plus jeune), je décidai qu'il était temps d'arrêter de lire les articles de Doctissimo et de commencer ma critique. Mais voilà, le concert ayant eu lieu samedi soir, je ne pouvais pas encore commencer à la rédiger cqfd...

« Que s'est-il passé depuis 3 ans ? » te demandes-tu, adoré lecteur. Allons, allons, c'est excessivement personnel. « Pourquoi nous as-tu abandonnés ? ». - Désolé d'avoir d'autres activités. « Tu as réellement vécu trois ans sans aller voir de concerts ? » - Mais bien sûr que non ! J'ai notamment été voir Metallica au Stade de France et King Gizzard & The Lizard Wizard à l'Alexandra Palace à Londres. J'aurais pu en faire des articles mémorables tant il s'est passé de choses remarquables durant ces deux périples, mais comme je l'écrivais tout à l'heure, le temps me manquait à l'époque. Mais depuis jeudi dernier, heureux lecteur que tu es, je me sens comme la reine des neiges, ou plus simplement comme le chante Jon Crosby « I'm free, i'm free, i'm free ». Je vais enfin pouvoir réécrire de temps en temps quelques critiques dont tu pourras te délecter. Spoiler alert, il est fort possible qu'au mois de mai un nouvel article soit écrit suite à une nouvelle expédition (si je n'ai pas fait d'AVC entre temps bien entendu).

Mais je te sais déjà impatient de découvrir qui a eu la chance de me recevoir dans son public...

Ayant déménagé il y a trois ans (tiens, ni vu, ni connu, je réponds en partie à ta première question), je devais aller à la salle de concert par un moyen motorisé (j'aurais pu y aller à pieds ou en vélo, mais j'ai décidé de ne pas y arriver transpirant afin d'éviter de me faire attaquer par une meute de hyènes croyant renifler une bête faisandée).

La première partie devait débuter à 20h00 et c'est pour cela que mon chauffeur arriva à 18h30 ; une heure et demi pour faire quatre kilomètres semblait judicieux. Quelle ne fût pas ma surprise quand je vis que celui-ci n'était autre que le chanteur de MoodSwing Whiskey (pas Jeff Buckley hein, nous sommes bien d'accord qu'il est décédé depuis 25 ans et qu'il n'est pas prévu qu'il revienne à la vie tout de suite, non, je parle de MoodSwing Whiskey un projet local voué à l'international sous peu et dont l'album sera disponible sur les plate formes de streaming cette semaine. Je salue d'ailleurs chaleureusement celui qui a été son manager pendant quelques semaines, totalement bénévolement, le saint-homme. Je sais qu'il souhaite garder l'anonymat et je n'en dirai donc pas plus sur celui qui est à mon sens le plus grand génie de tous les temps)



Nous ne nous attardâmes pas en plus de civilités que nécessaire et tracèrent la route sans attendre. A mi-chemin, soit deux kilomètres plus tard, mon chauffeur eu besoin de se ravitailler en carburant, pas pour sa voiture mais bien pour lui. Nous nous arrêtâmes donc dans une auberge pour qu'il puisse se désaltérer. Le tavernier l'accompagna et pour ne pas gaspiller les bouteilles entamées, je les aidai volontiers à les terminer. Au bout de quelques temps, la faim se fît sentir et une tomme de Saint Nectaire (qui se fît sentir également) en fût la victime. Enfin repus, nous reprîmes notre route non sans amener avec nous l'aimable tavernier. Je pris place à l'arrière de la limousine (je sens déjà certains esprits chagrins qui diront que je me suis embourgeoisé depuis trois ans et que je ne porte plus la voix du peuple et qu'il faut mettre ma tête sur une fourche et qu'il faut me faire subir les pires outrages et …... holà, holà mollo ! la limousine était en fait un fourgon dont la deuxième rangée de siège avait été enlevée. J'ai même dû déménager en banlieue, c'est dire... alors, que je n'entende plus ce genre de propos à mon encontre ! vive le prolétariat ! merci d'avance, cordialement, votre serviteur, fermons cette parenthèse de quelques lignes qui s'imposait pour remettre quelques pendules à l'heure). Une fois le parking dépassé, le chauffeur me demanda où il fallait qu'il se gare. La quinzaine de voitures sur celui-ci pouvant en accueillir 4000, augurait du fait que l'on pourrait se garer facilement un peu plus loin. Ce qui fût fait sans problème. Arrivés avec trente minutes de retard, il fallait maintenant espérer que la file d'attente ne soit pas trop longue et que le contrôle des entrées soit rapide. Pour la file d'attente, soyons honnêtes, le nombre de voitures pouvait nous donner une indication assez rassurante. Masques en place, pass sanitaires affichés sur le téléphone et places à la main, nous entrâmes sans encombre. La dame de l'accueil me permit même d'enlever mon masque sans que je lui demande quoi que ce soit. Une fois dans la salle de concert, je compris que le risque de cluster était limité ; une cinquantaine de personnes à tout casser, installée devant des fûts transformés en tables sur lesquels étaient disposées des bougies, disséminée deci delà de la salle applaudissait l'artiste en place.

Celui-ci la remerciait et quittait la scène. Voici pour Ali Veejay, première première partie du concert. Au moins personne n'osera se plaindre du fait que j'ai été trop long pour en critiquer la performance.



Les bougies réchauffant l'ambiance, il fallut se rafraîchir. Nous nous approchâmes donc du bar, puis bières en mains, nous déplaçâmes vers l'âtre crépitant. C'est à partir d'ici que toute logique a disparu.... En effet, si tu as bien suivi, pour se rafraîchir, nous finissons par nous installer à côté d'un feu de bois (sans parler de la simple existence d'une cheminée allumée dans une salle de concert).

Alors que je tentais de trouver un peu de logique à tout ça, j'entendis une guitare. C'était la deuxième première partie qui venait d'entrer en scène sous le nom de Luis Francesco Arena. Un cinquantenaire à la barbe poivre et sel entonnait des chansons plutôt mélancoliques d'une voix assez aiguë, en anglais, seulement accompagné de sa guitare boostée par un écho maximal. Le très bon niveau de guitare et l'écho donnaient l'impression que le chanteur n'était pas seul sur scène. Le moment était plaisant jusqu'à la dernière chanson chantée malheureusement en français. Le chant très aiguë en français passe moins bien pour moi, affaire de goût peut-être me diras-tu mais mon chauffeur acquiesça quand je lui fit part de mon désarroi sur ce dernier morceau.


Il était temps de faire une pause pour débriefer en plein air de ce début de concert, accompagnés de nouvelles bières. Lors de celle-ci, j'appris par mon chauffeur que, pris par le concert, je ne m'étais pas aperçu qu'un des membres du public avait négligemment lancé avec un brin d'agacement un « …mais on entend que toi !», à l'encontre de mon tavernier, non avare semble-t-il de commentaires sur cette première partie. Notant cette remarque et profitant de l'air frais mais assez doux pour un mois d'octobre, nous commençâmes à refaire le monde. Mais n'ayant pas pris de notes, je ne pourrai faire de compte rendu de ce point. Au bout d'un certain temps, nous vîmes que nous étions seuls dehors et réalisâmes que le concert de Mathieu Boogaerts avait débuté. Il était enfin temps d'aller voir celui qui devait être la star de la soirée.

Le cheveu court et mal rasé, il était en train de chanter en anglais une chanson que je ne connaissais pas, comme d'ailleurs toutes celles qui suivirent dans la même langue. Il faut dire que mes connaissances sur Mathieu Boogaert sont assez minces et qu'en ce moment je me partage plutôt entre Rammstein et Clara Luciani. Heureusement après quelques remerciements toujours dans la langue d'Andy Cairns, il commença son répertoire en français et je puis alors me rendre compte que j'en connaissais un peu plus que je ne le pensais. A coté de lui, se tenait son unique accompagnateur, un joyeux drille facétieux à lunettes et en robe noire, un certain Vincent Mougel connu (pour les initiés, donc pas par moi avant d'avoir fait une recherche sur le personnage...) pour son projet Kidsaredead. Les deux acolytes enchaînaient des titres pop folk aux rythmes me faisant penser à mes origines kényanes uniquement équipés de leur guitare qu'ils s'échangeaient au gré des morceaux. De temps en temps, Mathieu Boogaerts enfilait une espèce d'anorak et un gant bleu qui fit frissonner (parfois de plaisir ?) les amateurs de contrôle de prostate ; Cet attirail lui permettant par l'intermédiaire d'un micro de faire des percutions en tapotant ou en y frottant son costume de nylon.

Tous les sièges étant occupés, assez vite, mes deux comparses décidèrent de s'asseoir par terre au premier rang. De mon coté, je préférais rester à coté de la cheminée pour observer à la fois le public et la scène avec un maximum de recul afin de pouvoir te retranscrire avec le plus de fidélité possible ces instants musicaux. Bien vite, bien qu'à quelques mètres du tavernier et malgré la musique, je compris la remarque exprimée par le membre du public quelques minutes plus tôt. Je décidai alors d'aller m'asseoir au plus près du spectacle. Bien m'en pris puisque je pu alors assister au tavernier's show.

En effet, quand Mathieu Boogaerts posait des questions au public, il était le premier à lui répondre. A un moment, le chanteur demanda au public s'il voulait qu'il chante un titre en particulier. Le tavernier hurla « JAMBE !! » sous les yeux écarquillés de l'assemblée. Que nenni, le troubadour s'exécuta et commença à chanter. C'est alors que notre demandeur entra dans une étrange allégresse, un peu comme un enfant rencontrant le Père Noël. [Note au lecteur : Pour réellement apprécier ce passage et mieux visualiser cette transe, je t'invite à écouter ce titre.] Le tavernier pourtant assis, se mit à rebondir sur ses fesses au rythme du morceau et bras et index tendus à l'horizontal (rien à voir avec Keen'v) il repris avec le chanteur les « 1 ! 2 ! 3 ! 4 ! » et les « tourne! tourne ! tourne!» et les « etc etc ….. » bref il repris toute la chanson... Mon chauffeur ne voulant pas être en reste et actuellement en train de rénover sa demeure, quémanda à son tour un titre fort à propos : « le ciment » proposa-t-il d'une voix calme mais franche. Là encore, le Père Noël d'un soir, s’exécuta et sortit le morceau de sa hotte sous l'approbation de mes deux acolytes. Un enfant, le seul masqué dans la salle, s'étant assis à coté d'eux, se mis à taper dans ses mains. Le malheureux n'étant pas au niveau du tavernier, était souvent à contre temps, ce qui troubla notre interprète. Le tavernier qui avait pris l'habitude de rythmer tous les morceaux en frappant ses cuisses, lui fit alors l'honneur de lui donner un cours de percussion. Le concert pouvait s'achever sous les applaudissements d'un public heureux d'avoir passé un bon moment. Étonnamment il n'y eut aucun rappel, à ma grande déception. Je regrette aussi de ne pas avoir entendu une des rares chansons que je connaissais de ce chanteur et le fait que celui-ci ait moins de charisme que son excellent accompagnateur. Mes partenaires de soirée tentèrent d'aller discuter avec Mathieu Boogaerts mais ils essuyèrent un refus cinglant de la part de l'organisation. Il ne purent pas non plus acheter de souvenir puisqu'il n'y avait rien à vendre. Bien déçus, ils ne pouvaient repartir comme ça chez eux tête basse après une si bonne soirée. Ils décidèrent alors d'aller boire un dernier verre dans un bar proche. Un serveur avec une moustache en forme de guidon de vélo nous accueillis et nous informa du manque de breuvage houblonné. Nous nous rabattîmes alors sur du triple sec pour le tavernier et vers un cocktail maison pour les autres, chaudement recommandé par mon chauffeur. Une fois, la soif étanchée, il était temps de reprendre la même chose pour en apprécier les subtilités. Notre tavernier quant à lui demanda deux pintes d'eau et de la nourriture, ce qui ne décontenança pas le serveur qui revint avec la commande sans sourciller. Celle-ci consommée nous pûmes rejoindre nos pénates réfléchissant aux prochains concerts que nous pourrions aller écouter

Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées :





lundi 5 mars 2018

Royal Republic + Blackout Problems

La Suède… ses fjärds, ses meubles en kit, ses pains grillés durs comme de la pierre, ses pains non grillés mous comme une chique de limace, ses formes magnifiques, pâles et envoûtantes, que l'on nomme Suédoises, et sa musique. Car la Suède est une patrie de musique ; c'en est même le troisième exportateur mondial. Afin de ramener sur Terre les idéalo-nostalgiques, je tiens à les prévenir que la musique n'est plus simplement un art depuis bien longtemps mais aussi (et surtout ?) un produit comme un autre qui s’importe et s'exporte, circulant de pays en pays, de personne à personne comme n'importe quelle maladie vénérienne. Mais il est déjà temps d'en finir avec cette introduction hautement culturo-politico-médicale afin de savoir si j'ai succombé au rock suédois de Royal Republic et surtout si tu seras toi aussi contaminé(e) par ces élégants Suédois. Ami(e) lecteur(rice), si tu lis cet article, c'est que tu es quelqu'un de goût mais aussi quelqu'un d'habile à décrypter la langue française, aussi je te félicite d'avoir aperçu mon spoiler.

Alors que je m'attendais à la foule des grands soirs, je m’aperçus bien vite que le concert du jour ne ferait pas salle comble. En effet, quand la première partie s’apprêta à entrer sur scène, nous n’étions qu'une vingtaine de spectateurs dans la salle. Qu'importe ! Je tenais à voir ce spectacle. En effet, qu'y a t-il de mieux qu'une paire de teutons qui gigote sur scène ? Deux paires de teutons qui gigotent sur scène ! Et c'est ce que l'organisateur nous proposait puisque quatre Allemands formant le groupe Blackout Problems prirent place devant nous. Le guitariste-chanteur peroxydé prit son micro et s'installa au milieu des spectateurs qui formèrent spontanément un cercle autour de lui. Le premier morceau était énergique et le chanteur, bougeant beaucoup, obligeait parfois le cercle de ses nouveaux amis à s'élargir. Quand le morceau fut terminé, le public applaudit. C'est alors que le chanteur me tendit sa main en signe, pensai-je, de remerciement pour mes applaudissements, pour me saluer ou me féliciter de mon accent lorsque je déclame dans la langue maternelle de Friedrich Hölderlin, le poème de Heinrich Heine : Die Loreleï. Mais il n'en était en fait rien puisque celui-ci ne me lâcha pas tout de suite et me mena vers lui tout en reculant vers la scène. Était-il tombé sous le charme de mon charisme légendaire et voulait-il que j’y monte pour effectuer un duo avec lui ou voulait-il simplement échanger sa place avec la mienne ? Eh bien étonnamment rien de tout ça, puisqu'il fit de même avec deux ou trois autres personnes, certainement dans le but de mettre les spectateurs les plus photogéniques devant lui ou plus simplement de rapprocher le public de la scène. Quand tout ce petit monde fut en place, le groupe recommença a jouer. Entre chaque morceau, le public déçu pour le groupe du peu de spectateurs, faisait le maximum pour le féliciter et l’encourager. Le chanteur voyant ces efforts répéta plusieurs fois qu'ils n’étaient pas des « fucking rock star » et que le plus important était la rencontre et le lien qui se créaient entre le groupe et le public (propos traduits de l'anglo-allemand par mes soins).

Aparté destiné à démontrer l’inefficacité des systèmes éducatifs de tous pays (et de toutes couleurs, merci Enrico) : As-tu remarqué que dans n'importe quel pays, le terme anglophone le plus usité est « fuck » alors que ce mot n'est pas enseigné par les professeurs dans les écoles ? Je te laisse réfléchir et déprimer (surtout si tu as des enfants scolarisés) à l'(in)utilité de ce que l'on apprend à l'école et à l’échec cinglant incombant à ceux qui font les programmes scolaires et qui créent des cadres qui font quinze fautes d'orthographe pour deux lignes de mails, qui n'ont aucune idée de ce qu'est la syntaxe ou la ponctuation et qui ont besoin d'une calculatrice pour multiplier deux nombres entiers positifs inférieurs à dix. Mais arrêtons de déprimer et retournons à nos sympathiques Allemands.

Toute cette fraternité me faisait chaud au cœur. Les morceaux dans la mouvance nu metal étaient nerveux et teintés d'effets sur les guitares. Ils oscillaient entre Sum 41, Limp Bizkit et tendaient même parfois vers 30 Seconds To Mars. La salle se remplissait gentiment au fur et à mesure (merci Liane) que les titres s’enchaînaient. Pour le dernier morceau, les deux guitaristes descendirent au milieu du public pour un duel instrumental qui fit regretter aux retardataires d'avoir repris une part de tarte au lieu de se dépêcher pour arriver à l'heure. 



Après des applaudissements bien mérités et une pause de vingt minutes, les quatre membres du groupe Royal Republic, pantalons noirs, chemises blanches, gilets de costume et chaussures vernis, pouvaient faire leur entrée. Le style un peu trop rock à Billy des premiers morceaux m'inquiétait un peu, mais je fut vite rassuré par la suite. En effet, ceux-ci devinrent beaucoup plus bruts et claquaient comme des coups de cravache sur des fesses amicalement soumises. Musicalement, les Suédois oscillaient entre leurs compatriotes de The Hives et Electric Six. Ils se servirent de mini reprises (Sex Machine de James Brown et Battery de metallica) pour introduire deux de leurs titres. Puis, entre deux blagues, les musiciens échangèrent même leurs instruments pour une reprise complète de Roxane de The Police, laissant le micro au batteur. Celle-ci ne restera certainement pas dans les annales mais aura amusé un public conquis. Celui-ci n'aura même pas eu besoin de demander un rappel puisque ces facétieux Suédois firent fi de cette folklorique tradition et ne quittèrent la scène que pour aller enfiler de superbes vestes bleues. Ce qui amusa beaucoup un spectateur qui interpella le chanteur dans un anglais très approximatif et qui le laissa aussi perplexe que le reste de la salle. Je supposai qu'il faisait allusion au Blue Suede Shoes d’Elvis, mais j'ai peur qu'il soit réellement le seul à le savoir. Après un léger débriefing devant un breuvage houblonné et après avoir récupéré une affiche pour la décoration de ma nouvelle habitation, repensant à l'intervention de ce charentais presque anglophone, je me dis que le King était peut être mort mais que même sans lui la musique pouvait être royale. Le roi est mort, vive Royal Republic.



Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées (zut, il n'y a plus de place pour Enrico et Liane, dommage) :


dimanche 20 novembre 2016

Lacuna Coil + Forever Still + Genus Ordinis Dei

Que faire un dimanche soir à 20 h ? Eh bien, la solution de facilité est de regarder la télévision. Qu'y avait-il sur les petits écrans au soir du 20 novembre ? Quelques journaux consacrés aux primaires de la droite en vue des élections présidentielles de 2017 (oui j'aime être précis) ou Zorro. Il y a bien quelques autres chaînes mais je ne suis pas le programme TV. J'avais aussi la possibilité d'aller écouter un concert de hard rock. « Choix cornélien ! (rien à voir ni avec l’oiseau ni avec le chanteur qui vient de loin) » me direz vous. Coté pile, nous avions donc les primaires mais une fois les résultats connus je ne voyais pas l'intérêt de regarder des gens se paraphraser, être heureux, malheureux, pleurer seuls ou même à deux. Côté face, l'inaltérable Zorro se proposait sous sa cape, l'épée à la main tel un vieux monsieur au regard étrange en imperméable devant une école primaire. Mais je décidai de ne pas regarder ce Monsieur Renard (rien à voir avec Bertrand ni avec Renaud) harceler ce pauvre soldat parce qu'il a trop abusé des fajitas de l'auberge locale. Je tranchai donc et allai voir le concert, ce qui n'est pas vraiment une surprise pour un lecteur de ce blog...

À mon arrivée, alors que la tempête Nanette qui devait être dévastatrice avait accouché d’un pet de lapin, la véritable fureur était dans la salle. Le grand chanteur chevelu du groupe Genus Ordinis Dei s'excitait nerveusement sur sa guitare comme un adolescent sur ...ce qu'il a sous la main, en chantant ou pour un public non initié en poussant des cris gutturaux, comme ce même adolescent trahi par la mue de sa voix. A ses côtés se trouvaient un bassiste et un guitariste encapuchonnés tandis que le batteur comme puni par sa maîtresse était derrière, dans un coin de la scène. Le death métal du groupe, un peu dans le genre de Children of Bottom était joué très fort. Il n'était pas mauvais même si je ne suis pas spécialement amateur de cette forme de chant. De plus, j’eus l'impression que toutes les introductions des morceaux étaient constituées de la même façon : une partie au clavier pour donner une ambiance pesante puis un rythme de batterie faisant « tatata tatatatata » (pour les puristes de la batterie qui comprendront). Les lecteurs attentifs auront remarqué que je parle de clavier mais que je n'ai pas cité de joueur de clavier, et penseront à un oubli de la part de l'auteur de cette critique. Eh bien non, ce n'en n'est pas un car pour ce groupe comme pour les deux autres à venir, les parties au clavier étaient jouées depuis « l'au delà » et non depuis la scène... Après trente minutes de musique plutôt dure, les musiciens se déridèrent et avant de quitter la scène jetèrent aimablement leur médiator à quelques fans adressant quelques signes qui ressemblaient au salut klingon au public. Celui-ci répliqua par des signes de cornes (salut bien connu dans le milieu du hard rock), des poings levés genre Black Panthers, des bras levés genre publicité pour déodorant ou de simples applaudissements plus simples mais aussi plus compréhensibles.



La lumière apparut et alors que je n'avais jusque là rien remarqué de particulier dans le public je vis des coupes de cheveux étonnantes qui avaient des couleurs dont j'ignorais jusque là l’existence. Parmi les spectateurs il y avait un fan de matrix vêtu d'un grand manteau noir avec d'énormes pattes tombant sur les joues, une fille avec une coiffure digne de double face dans Batman puisque ses profils droit et gauche étaient totalement différents mais surtout le sosie de John Travolta dans Pulp Fiction quand Vincent Vega vient de sauver Mia Wallace de son overdose et qu'il rentre chez lui en voiture, l’œil fatigué, le teint pâle et le visage un peu bouffi. La seule différence entre Vincent Vega et notre amateur de gros son est le costume qui était ici remplacé par une robe longue qui dévoilait deux mollets poilus. Le public calme semblait avoir plutôt apprécié ce premier groupe, comme cette personne qui dit à une autre : « c'était pas mal, y a plus bourrin, là y a des mélodies ».

Le second groupe à faire son apparition était Forever Still. Il était composé d'une chanteuse qui se plaça derrière un pied de micro représentant deux mains liées, d'une guitariste, d'un bassiste et d'un batteur tous aussi chevelus les uns que les autres. Ils arboraient non pas des tatouages comme je le pensais quand ils sont entrés sur scène mais des traits épais de peinture noire dont je cherche encore la signification. Le manque de place sur la scène dû au matériel déjà installé de la tête d'affiche poussait le grand bassiste à se mouvoir tel un lion en cage. Le début du concert était presque pop mais bientôt il devint beaucoup plus hard et métal au gré des cris de la chanteuse : la jolie Danoise ayant une palette vocale assez intéressante allant de la douceur sensuelle au cri rageur. Musicalement, le groupe n'était pas éloigné de Within Temptation ou d'Evanescence. Je décidai d’ailleurs de partir au Danemark avec la guitariste et la chanteuse mais me ravisai quand je compris qu'il faudrait que j'amène le bassiste et le batteur dans mes bagages. 



La lumière revint et quelqu'un proposa d'aller chercher des bières. Vingt-et-une personnes se tournèrent vers cette âme charitable puis vingt d'entre elles (dont moi) se retournèrent comprenant que la proposition ne leur était pas adressée. Un peu plus tard, pour la première fois depuis bien longtemps un début d’embrouille éclata entre deux spectateurs, je n’enquêtai pas et laissai la tête d'affiche de la soirée se mettre en place.

L'obscurité faite, une musique cosmique retentit. Les membres de Lacuna Coil se positionnèrent sur la scène tous vêtus d'une combinaison blanche maculée de taches sombres et tous plus ou moins maquillés ou peints. Le batteur, qui avait deux de ces combinaisons blanches avec des inscriptions et deux masques suspendus derrière lui, portait une capuche et avait le visage grimé en tête de mort. Le maquillage du bassiste le faisait ressembler à un clown quand le guitariste affichait un trou de balle dans le front (je ne ferai pas de blague sur sa supposée souplesse). La chanteuse paraissait être griffée tandis que le chanteur avait le cou et le bas de la tête peints de noir. J'écoutai attentivement le concert essayant de comprendre ce que pouvaient être ces combinaisons : des tenues de cosmonautes (en relation avec la musique d'introduction), des uniformes de prisonniers, des camisoles de force ? Qu'étaient ces tâches ? De la terre ? Du cambouis ? Du sang ? Du ketchup ? Ces cinq personnes s'étaient elles crashées sur une planète lointaine ? Dans ce cas les taches ne peuvent être dites de terre mais être pourquoi pas des traces de mars (et non de toi, merci Alain et non de barre chocolatée). Me demandant si on devait parler d'ammarsage raté, je vis la chanteuse revenir des coulisses avec une espèce de robe de mariée, elle aussi tachée (certainement par le gâteau de mariage parfum chocolat framboise). Ne comprenant décidément rien au concept, je me consacrai à la musique du groupe. Alors que je m'attendais à des morceaux ressemblant à Within Temptation, j'eus la surprise d'entendre des chansons plus proches de Theatre of Tragedy. En effet, le groupe Italien, influencé par Type O Negative jouait un métal assez gothique et assez lourd dans lequel le chanteur mais aussi parfois la chanteuse poussaient quelques cris. Après une grosse heure de concert et un court rappel, chacun rentrait chez soi. De mon coté je repartais perplexe. Les concerts avaient été assez bons mais j'étais passé à coté des différentes histoires que les groupes étaient venus me raconter alors que j'avais totalement adhéré il y a peu au rap venu d’outre-Rhin. Le monde était-il en train de changer ? Pris par ce vertige, je décidai que la seule chose à faire urgemment était d'aller me coucher.


Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées :



vendredi 28 octobre 2016

Puppetmastaz + WL Crew

Échaudé par mon retard lors du dernier concert relaté sur ce blog, j'arrivai cette fois-ci avec vingt minutes d'avance.Décidant de ne pas perdre définitivement celles-ci du reste de ma vie, je m'installai dans la salle et j'en profitai pour observer discrètement le public qui arrivait au compte-gouttes. Celui-ci était moins âgé que la fois d'avant et c'est bientôt quatre jeunes filles qui se présentèrent dans le couloir menant à la salle de concert. Elles s’arrêtèrent et comme un seul homme, ouvrirent une porte sur leur gauche sur laquelle un logo noire symbolisant une femme était dessiné. Deux d'entre elles portaient un sac ou une besace. Quelques minutes plus tard, elles ressortirent toutes les quatre ensemble. Ayant du temps à gagner, je me mis à réfléchir au fait que les filles évitent d'aller aux toilettes seules. Je pensai tout d'abord que les deux filles au sac avait un besoin plus ou moins pressant et qu'elles avaient besoin que quelqu'un de confiance tienne leur accessoire le temps qu'elles se soulagent. Mais une seule personne aurait suffit pour tenir deux sacs. De plus, la ou les porteuse(s) aurai(en)t pu rester dans le couloir car elle(s) n'avai(en)t aucune raison d'entrer dans cette zone si souvent allègrement parfumée. Les quatre protagonistes devaient donc avoir le même besoin en même temps. Ceci me fit me remémorer une étude que j'avais lue sur les cycles menstruels des religieuses (quel que soit leur parfum, y compris menthe) dans les couvents. En effet, il semblerait qu'au bout d'un certain temps, la proximité entre les femmes influe sur ceux-ci, jusqu'à ce qu'ils finissent par tomber au même moment (cette étude aurait pu être mentionnée dans la rubrique « le saviez-vous ? » de ce blog, si celles-ci chantaient aux toilettes, ce que j'ignore pour l'instant). J'avais trouvé la solution : ces quatre amies se côtoyaient tellement souvent qu'elles avaient fini par harmoniser leur cycle menstruel... Puis, je me mis à douter qu'il y ait autant de toilettes dans le local prévu à cet effet et que si cette théorie avait été juste, cela aurait signifié que celles-ci s'étaient relayées sans pour autant sortir de la pièce (ce qui n'aurait aucun sens). J'échafaudais bien d'autres théories qui menèrent toutes à une impasse. Il n'y avait qu'une seule solution à cette équation à quatre inconnue : « l'espèce » étudiée était complètement illogique et incompréhensible. Cette découverte, qui même si, me glisse-t-on à l'oreille était déjà connue, venait d'être enfin démontrée. Fort de cet exploit, je pouvais attendre serein la première partie du concert. 
WL Crew, un groupe de hip-hop entra bientôt sur scène : un dj puis trois chanteurs. Après deux ou trois morceaux, un nouveau chanteur remplaça le chanteur principal avant que celui-ci ne le soit à son tour. Au total, pour ceux qui n'auraient pas suivi, il y avait cinq chanteurs en tout mais pour chaque morceau, seuls trois étaient sur scène : un chanteur principal accompagné de deux autres qui ponctuaient les rimes. Le crew soi-disant bordelais, mais en fait des environs de Jonzac, était venu avec parents, adossés contre les murs de la salle et amis à casquette, survoltés devant la scène. Son hip-hop, façon Orelsan, n'était pas mauvais, les voix plutôt correctes et les textes... Dois-je parler des textes ? Eh bien, je vais préférer écrire qu'au moins un public non initié était capable de les comprendre ; ce qui n'est pas si fréquent. Au bout de 45 minutes, le groupe laissa la scène comme il l'avait trouvée : avec un paravent de deux mètres de haut et parcourant toute la scène.



Quelques minutes plus tard Puppetmastaz, le spectacle de marionnettes allemandes qui chantent du rap, pouvait commencer. 
J'avais prévenu lors de mon dernier article que le sujet du suivant (celui-ci donc) serait étrange. Cinq rappeurs parlant dans un mélange de français, d'anglais et d'allemand, cachés par le paravent, nous racontèrent une histoire empreinte de magie et d'arts martiaux avec des skateboards et des pommes de terre, avec Bouddha et Elvis, avec des gentils gentils et des méchants méchants et avec bien d'autres choses. Ils prêtaient leur voix et leurs chants à des marionnettes, genre Muppet Show, la plupart du temps au profil animalier, qui se relayaient sur le paravent. Celles-ci dansaient, chantaient (évidement), jouaient la comédie, faisaient rire les quelques enfants présents ainsi que les adultes. Les éclats de rire et les effets spéciaux bon marchés étaient nombreux. Musicalement on aurait pu se croire à un concert de Cypres Hill, de House of Pain ou du Wu Tang Clan. Vocalement la palme revient à une espèce de canard (logique) qui avait un débit assez phénoménal. A la faveur, non pas de l'automne mais d'un des effets spéciaux, les cinq rappeurs apparurent devant le public exalté, le temps de trois morceaux, puis reprirent leur place derrière les marionnettes, véritables stars de cette comédie musicale, bien plus intéressante et rock 'n' roll (grâce à Elvis, ha ha) que les classiques du genre. Les marionnettes avaient d'ailleurs plus de charisme, de vie et de présence scénique qu'un … (cet article est interactif, vous pouvez remplacer les points de suspension précédents par le nom du chanteur de comédie musicale que vous détestez le plus). Étant parti dans un monde féerique, je ne sais combien de temps a duré le spectacle et quand la lumière revint, il fallut prendre quelques secondes pour se réinsérer dans la réalité. Croisant quelques regards, j'eus la certitude que je partageais la même opinion que les autres membres du public : ces Allemands n'étaient pas des guignols...


Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées :



lundi 24 octobre 2016

Kadavar + Stray Train

Ça y est ! C'est enfin la rentrée ! Et tel un étudiant en histoire, je reviens aux affaires, en cette fin octobre, la mine enjouée et taillée (pour les connaisseurs, remarquez cette superbe figure de style). Après quelques recherches, je remarque que l'étudiant en question ne reprend les cours que fin novembre. C'est la rentrée, donc, mais grâce à mon organisation phénoménale, j'ai réussi l'exploit, malgré l'absence de concert, d'alimenter en articles ce blog savoureux. Oh non ! ne me remerciez pas, c'est un plaisir ! 

Pour ce premier concert, je suis arrivé presque à l'heure. Je fus tout de même surpris d'entendre, alors que je prenais ma carte de membre (car j'ai un beau membre) et quelques places de concerts à venir, que la première partie jouait déjà. En effet, il faut savoir qu'à Cognac, si le concert se passe en semaine, il démarre à l'heure, si c'est le week-end, il commence avec une demi-heure de retard. Étant lundi et presque à l'heure, j'étais donc en retard, CQFD. Alors que j'entrais dans la salle clairsemée, les slovènes de Stray Train jouaient donc déjà un métal blues rock vintage plutôt réjouissant. Le groupe était composé d'un batteur spécialisé en tournage de baguettes (un ancien boulanger peut-être), d'un chanteur guilleret dont la voix me faisait vaguement penser à celui d'Helloween, d'un bassiste et de deux guitaristes. Les musiciens avait l'air plutôt jeunes à l'exception de l'un des guitaristes plutôt excellent (re-figure de style, je me régale). Ce vieux barbu, en effet, ponctuait les morceaux de solos aussi précis que savoureux. Les chansons rythmées sans être trop agressives se laissaient écouter avec plaisir. Le chant était juste, même si à titre personnel, j'aurais préféré qu'il soit un peu plus puissant. Le seul bémol (ha ! ha !) concerna la dernière chanson, qui fut bien trop calme pour clôturer cette demi-heure de grande qualité.



30 minutes plus tard, Kadavar prenait possession de la scène devant un public devenu nombreux. Parmi celui-ci j'avais déjà remarqué durant la première partie un trio avinagaçant (création d'un mot-valise, je n'épargnerai rien à mes lecteurs aujourd'hui) parlant relativement fort. En effet pour entendre des membres du public parler pendant un concert de hard rock, il faut qu'ils aient une sacrée voix. Celui-ci était composé de deux hommes grisonnants et d'une femme d'âge indéterminé. Le plus excité du groupe semblant apprécier le spectacle plus que de raison, mimait les instruments des musiciens y compris certains qui n'existent pas encore, son compère l'encourageant en dansant comme le faisait Isidore dans les émissions de Claude Pierrard, en fléchissant les deux genoux en même temps et faisant ainsi des allers-retours verticaux tel un Zébulon monté sur ressort. Leur amie, quant à elle, ondulait lascivement des fesses comme si elle travaillait depuis trois ans au Vanilla Unicorn. Outre ces trois énergumènes, le public pour ce type de concert était plutôt étrange. En effet il y avait beaucoup de personnes relativement âgées et non typiques : il n'y avait qu'une seule crête par exemple, la mienne. Merci à mon nouveau coiffeur qui a cru bon de m'écouter quand je lui ai dit qu'il avait carte blanche... Une dame demanda même à l'entracte quel était le nom de la tête d'affiche, alors qu'elle était censée avoir pris son billet pour entrer et qu'accessoirement le nom du groupe était écrit sur scène avec des lettres de quatre mètres de hauteur. J'en vins à me demander si les résidents de la maison de retraite n'avaient pas creusé un tunnel pour s'évader et qu'ils avaient atterri directement dans la salle.

Mais Kadavar était trop occupé pour se demander si ce public leur conviendrait. En effet, trois immenses gaillards barbus et chevelus s'activaient déjà sur scène. La batterie avait été avancée au plus près du public et plusieurs ventilateurs étaient allumés autour d'elle, ce qui augurait d'un show fort et brûlant. Le batteur, cheveux au vent, martelait ces fûts avec fureur (comme en 33) accompagné d'un bassiste dont l'instrument était étrangement aigu et qui me fit penser, sans que ce soit désagréable, à un canard. Le troisième membre du groupe n'était autre que le guitariste et chanteur, même si sa voix était malheureusement étouffée par les instruments. Les morceaux étaient teintés d'inspiration 70's, de Led Zeppelin à Black Sabbath et c'est avec tristesse (détresse ?) que notre trio de spectateurs vit l'autre trio sortir de scène après une acclamation méritée. Les lumières rallumées, quelques personnes cherchèrent le médiator (pas le médicament) jeté par le chanteur au public. De mon coté, je ne trouvai que mes tympans sur la moquette douteuse. Une fois ramassés, je me frottai déjà les mains de revenir quatre jours plus tard pour un tout autre genre musical et pour un spectacle qui devait être bien étrange...


Pour les plus curieux, voici des vidéos des références citées :